Le designer de demain ne sera plus payé pour donner des choix. Il sera payé pour en éliminer.
La fatigue mentale chez l’entrepreneur existe réellement, mais qu’en est-il de la surcharge cognitive de son client?
Aujourd’hui, les idées et les possibilités arrivent de partout : Pinterest, Instagram, les amis, les fournisseurs et maintenant l’IA. En 2026, un client peut très bien se présenter avec 20 images, plusieurs propositions générées par l’IA et une longue liste de questions sur ce que tu lui as présenté.
Quand le problème n’est plus le manque d’idées
Nous sommes rendus à un point où le problème est beaucoup moins le manque d’idées que l’excès d’options.
Pendant longtemps, on a cru qu’offrir un excellent service signifiait présenter plusieurs possibilités au client. Pourtant, plus de choix ne veut pas nécessairement dire plus de valeur. Ça peut aussi créer davantage d’hésitation et, avec elle, des délais, des révisions et des décisions qui restent ouvertes beaucoup trop longtemps.
Le métier est tranquillement en train de changer.
L’IA prend déjà une partie du travail de recherche
Soyons réalistes : l’IA ne fait déjà plus que proposer de jolies images.
Elle peut comparer des produits, analyser des prix, construire un budget, repérer des incohérences, proposer un échéancier, identifier certains risques et comparer plusieurs scénarios.
Et elle va devenir encore meilleure pour le faire.
Si nous continuons de croire que la valeur du designer repose uniquement sur sa capacité à trouver des solutions, effectuer des recherches ou produire différentes options, nous passons peut-être à côté de la vraie question : qu’est-ce qui fera encore la valeur du designer?
La capacité de prendre position
Je crois qu’elle reposera de plus en plus sur sa capacité à prendre position.
Au lieu de présenter trois possibilités et de demander au client laquelle il préfère, le designer pourra davantage dire : « Voici ce que je recommande, voici pourquoi et voici les conséquences de cette décision sur le reste du projet. »
Et ... la nuance est importante.
L’IA peut produire une réponse et elle peut même produire une excellente réponse. Dans un véritable projet, il faut toutefois quelqu’un pour transformer toutes ces informations en une décision, l’assumer, la communiquer aux bonnes personnes et surtout faire avancer le projet.
Le designer devient alors moins un fournisseur d’options et davantage un directeur de décisions.
Quand le client utilise lui aussi l’IA
Cette capacité devient encore plus importante lorsque le client utilise lui-même l’IA.
Chaque nouvelle possibilité peut facilement rouvrir une décision que l’on croyait réglée.
- « Et si on faisait plutôt ceci? »
- « ChatGPT m’a proposé ça. »
- « J’ai généré une autre version. »
- « Est-ce qu’on pourrait revoir cette pièce? »
On voit alors apparaître quelque chose qui risque de prendre de plus en plus de place dans nos projets : la dette décisionnelle.
La dette décisionnelle
Toutes ces décisions qu’on laisse ouvertes, qu’on revisite ou qu’on reporte finissent par avoir un coût. Elles demandent du temps, de la coordination et des modifications. Elles peuvent entraîner des retards et parfois aussi des dépenses supplémentaires.
Depuis des années, nous mesurons les heures consacrées à un projet. Je crois qu’en 2026, nous devrions peut-être commencer à surveiller aussi le nombre de décisions qui restent ouvertes.
Le designer de demain n’aura probablement pas besoin d’offrir toujours plus de possibilités. Dans un monde où celles-ci deviennent presque infinies, son rôle pourrait justement être de ramener de la clarté.
Et peut-être que sa plus grande valeur ne sera plus de dire : « Voici ce qu’on pourrait faire », mais plutôt : « Voici ce qu’on va faire et pourquoi. »